Évangile :
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Verset :

Matthieu 20, 29 - 34

29Comme ils sortaient de Jéricho, une foule nombreuse le suivit. 30Et voici que deux aveugles, assis sur le bord du chemin, entendant dire que jésus passait, se mirent à crier : " Seigneur, ayez pitié de nous, fils de David ! " 31La foule les gourmanda pour les faire taire; mais eux crièrent plus fort, disant : " Seigneur, ayez pitié de nous, fils de David ! " 32Jésus, s'étant arrêté, les appela et dit : " Que voulez-vous que je vous fasse? 33Seigneur, lui dirent-ils, que nos yeux s'ouvrent ! " 34Emu de compassion, Jésus toucha leurs yeux, et aussitôt ils recouvrèrent la vue, et ils le suivirent. 
  • Saint Jean Chrysostome
    De même qu'une abondante moisson témoigne en faveur du travail du laboureur, ainsi une nombreuse assemblée est une preuve du zèle de celui qui enseigne: «Et lorsqu'ils sortaient, une foule nombreuse le suivit». Aucun d'eux ne fut arrêté par les dif ficultés de la route, car l'amour spirituel n'est point sujet à la fatigue, aucun d'eux ne fut retenu par la pensée de ses intérêts temporels, car ils entraient en possession du royaume des cieux. Celui, en effet, qui a une fois goûté en vérité le bien céleste, ne trouve plus rien sur la terre qui soit digne de son affection. Or, ces deux aveugles se rencontrent très-à propos sur le passage de Jésus-Christ, car, après avoir recouvré la vue, ils le suivront à Jérusalem pour rendre témoi gnage à sa puissance: «Et voici que deux aveugles», etc. Ces deux aveugles entendaient les pas de ceux qui marchaient, mais ne pouvaient les voir. Ils n'avaient de libre dans tout leur corps que la voix; et comme ils ne pouvaient se mettre à la suite du Sauveur, ils l'accompagnent de leurs cris et de leurs supplications: «Et ayant entendu que Jésus passait», etc.
  • Saint Augustin
    Saint Marc raconte ce même fait, mais ne parle que d'un seul aveugle, difficulté dont voici la solution. Des deux aveugles que saint Matthieu com prend dans son récit, l'un était très-connu dans la ville, et ce qui le prouve, c'est que saint Marc a cru devoir nous faire connaître son nom et celui de son père. Ce Bartimée, fils de Ti mée, était probablement déchu d'une grande fortune et devait à cette circonstance d'être très-connu. Il était non-seulement aveugle, mais encore assis près du chemin comme un mendiant. C'est donc de celui-là seulement que saint Marc a voulu parler, parce que sa guérison eut au tant d'éclat que ses malheurs avaient eu de retentissement. Quant à Saint Luc, bien qu'il ra conte un fait absolument semblable, il faut admettre qu'il s'agit dans son récit d'un autre aveu gle, qui fut l'objet d'un semblable miracle, car il place sa guérison lorsque Jésus approchait de Jéricho, tandis que, suivant les autres Évangélistes, les deux aveugles furent guéris lorsque Jésus sortait de Jéricho.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ils voyaient les haillons repoussants dont cet homme était couvert, et, ne considéraient pas l'éclatante beauté de son âme. Voilà bien la sagesse insensée des hommes. Ils s'imaginaient que c'était un ou trage pour les grands de recevoir les hommages des pauvres, car, quel est le pauvre qui eut osé saluer en public un riche?
  • Saint Hilaire
    Ou bien ce n'est point par honneur pour le Sauveur qu'ils font taire ces deux aveugles, mais parce qu'il leur faisait peine d'entendre affirmer par ces aveugles ce qu'ils niaient eux-mêmes, c'est-à-dire que Jésus était fils de David.
  • Origène
    Ou bien peut-être c'étaient ceux qui croyaient en Jésus-Christ qui reprenaient les aveugles de ne lui donner que le nom trop peu digne fie fils de David, au lieu de dire: «Fils de Dieu, ayez pitié de nous».
  • Saint Jean Chrysostome
    Mais la défense qui leur était faite, loin fie leur fermer la bouche; les excitait davantage. C'est ainsi que la foi s'accroît et se fortifie par la contradiction; aussi est-elle calme et tranquille parmi les dangers, tandis qu'elle n'est pas sans crainte au milieu de la paix. «Et ils se mirent à crier encore plus haut: Ayez pitié de nous, fils de David». Ils avaient crié d'abord parce qu'ils étaient aveugles, ils se mettent à crier plus haut encore parce qu'on les empêche d'approcher de la lumière.
  • Saint Jean Chrysostome
    Le Sauveur permettait qu'on leur fît cette défense pour faire éclater la vivacité de leurs désirs. Apprenez de là que, quelque soit notre misère et notre abjection, nous obtiendrons par nous-mêmes tout ce que nous demanderons, en nous approchant de Dieu avec ferveur.
  • Saint Jérôme
    Le Seigneur s'arrêta, parce que les aveugles ne savaient de quel côté ils devaient se diriger. Il y avait auprès de Jéricho beau coup d'excavations, d'endroits escarpés pendant en précipices; le Seigneur s'arrêta donc pour qu'ils pussent venir jusqu'à lui.
  • Origène
    Ou bien le Seigneur ne continue pas son chemin, mais s'arrête pour que le bienfait qu'il va leur accorder ne se répande pas au delà; mais que la misé ricorde coule sur eux comme d'une source permanente et durable.
  • Saint Jérôme
    Il les fait appeler pour que la foule ne les empêche pas d'approcher, et il leur demande ce qu'ils veulent, afin que leur réponse rende évidentes leur infirmité et la puissance qui doit les guérir.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ou bien il leur fait cette demande pour faire connaître leur foi, et, par l'exemple de ces aveugles qui confessent qu'il est le Fils de Dieu. confondre ceux qui voient et ne le regar dent que comme un homme. Ils avaient appelé le Christ Seigneur, et en cela ils disaient la vé rité; mais eu ajoutant: Fils de David, ils affaiblissaient la force de leur profession de foi. En effet, on donne aux hommes, par extension et par abus, le nom de seigneur; mais il n'y a de véritable seigneur que Dieu. Lors donc qu'ils appellent Jésus «Seigneur, fils de David»,ils l'honorent simplement comme homme; s'ils l'appelaient Seigneur, sans aucune addition, ils confesseraient par là même sa divinité. C'est pourquoi il les interroge en ces termes: «Que voulez-vous que je vous fasse ?» Alors ils ne l'appellent plus: «Seigneur, Fils de David», mais simplement «Seigneur:» «Et ils lui dirent: Seigneur, que nos yeux s'ouvrent». En ef fet, le fils de David ne peut ouvrir les yeux des aveugles; il n'y a que le Fils de Dieu qui ait cette puissance. Tant qu'ils se sont contentés de dire: «Seigneur, Fils de David», leur guéri son a été comme suspendue; mais aussitôt qu'ils eurent dit: «Seigneur»,leurs yeux se sont ouverts. En effet, l'Évangéliste ajoute: «Et Jésus, ayant pitié d'eux, toucha leurs yeux». Il les toucha, comme homme, avec la main, et il les guérit comme Dieu.
  • Saint Jérôme
    Le Créateur leur donne ce que la nature leur avait refusé, ou du moins la miséricorde leur rend ce que la maladie leur avait ôté.
  • Saint Jean Chrysostome
    La reconnaissance de ces aveugles, après qu'ils eurent reçu cette grâce, égala leur persévérance avant de l'avoir obtenue.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ils offrirent à Jésus-Christ un présent qui lui fut bien agréable, car l'auteur sacré nous apprend qu'ils le suivirent; c'est là ce que Dieu demande de vous par le prophète: «Marchez avec crainte en présence de votre Dieu». ( Mi 6,8 ).
  • Saint Jérôme
    Ces aveugles, qui étaient assis près de la ville de Jéricho, retenus par leur infirmité et qui ne pouvaient que gémir et crier, suivent maintenant Jésus, moins par le mouvement des pieds que par leurs vertus.
  • Rabanus Maurus
    Jéricho, dont le nom signifie lune, est une figure de l'inconstance humaine.
  • Origène
    Dans le sens mystique, Jéricho signifie le monde, au milieu duquel Notre-Seigneur est descendu. Ceux qui habitent Jéricho ne peuvent sortir de la sa gesse du monde avant d'avoir vu non-seulement Jésus, mais encore ses disciples sortir de Jéri cho. Or, une foule nombreuse, à la vue de cette guérison miraculeuse, les suivit, pleine de mé pris pour le monde et pour les choses du monde, afin de monter, sous la conduite de Jésus-Christ, jusqu'à la Jérusalem céleste. Dans ces deux aveugles, nous pouvons voir les deux peuples de Juda et d'Israël (cf. 1R 12 ),qui étaient aveugles avant l'avènement du Christ, parce qu'ils ne voyaient pas la parole de vérité qui était renfermée dans la loi et les prophètes, et parce qu'étant assis le long du chemin de la loi et des prophètes, et n'ayant que l'intelligence char nelle de la lettre, ils élevaient la voix seulement vers celui qui est né de la race de David selon la chair. ( Rm 1,3 ).
  • Saint Jérôme
    Ou bien encore, par ces deux aveugles, la plupart entendent les pharisiens et les sadducéens.
  • Saint Augustin
    Ou bien, dans un autre sens, ces deux aveugles sont la figure de ceux qui, dans les deux peuples, s'attachent par la foi à l'économie de la vie humaine de Jésus-Christ, par laquelle il est notre voie, et qui désirent d'être éclairés, c'est-à-dire de comprendre quelque chose de l'éternité du Verbe. Or, c'est ce qu'ils espèrent obtenir lorsque Jésus vient à passer, c'est-à-dire par le mérite de la foi, qui re connaît que le Fils de Dieu s'est fait homme, est né et a souffert pour nous. En effet, d'après cette économie de l'incarnation, Jésus ne fait pour ainsi dire que passer, parce que cette action ne dure qu'un temps. Or, il leur fallait crier assez haut pour dominer le bruit de la foule, qui couvrait leur voix, c'est-à-dire il leur fallait s'appliquer avec persévérance à la prière, aux saints désirs, pour arriver à vaincre, par la force de l'intention l'habitude des désirs charnels, qui, comme une foule tumultueuse, empêche l'âme de voir la lumière de l'éternelle vérité, ou bien la foule elle-même des hommes charnels qui veulent nous rendre impossibles les exercices spiri tuels de la prière et de la vertu.
  • Saint Augustin
    En effet, les mau vais chrétiens et ceux qui vivent dans la tiédeur font de l'opposition aux bons chrétiens qui veulent accomplir les préceptes divins, mais que ceux-ci ne cessent pas de crier sans se lasser; car tout chrétien qui commence à pratiquer la vertu et à mépriser le monde est sûr de trou ver au début de sa conversion des censeurs de sa conduite dans les chrétiens dont la charité s'est refroidie; mais s'il persévère, il se verra bientôt applaudi et appuyé par ceux-là même qui voulaient d'abord lui créer des obstacles.
  • Saint Augustin
    Jésus qui a dit: «On ouvrira à celui qui frappe» ( Mt 7,7 Lc 11,9 ) les ayant entendus, s'arrête, les touche et ou vre leurs yeux à la lumière. En effet, comme c'est la foi au mystère de l'Incarnation qui s'est accompli dans le temps, qui nous prépare à l'intelligence des choses de l'éternité, lorsque Jésus passe, ils sont avertis que la lumière va leur être rendue, et il s'arrête, en effet, pour leur ouvrir les yeux, car les choses du temps passent et celles de l'éternité sont immuables.
  • Saint Jean Chrysostome
    Il en est qui voient dans l es deux aveugles deux sortes de Gentils, issus, les uns de Cham, les autres de Japhet. «Ils étaient assis le long du chemin», c'est-à-dire qu'ils étaient proches de la vérité, sans pouvoir la trouver; ou bien ils conformaient leur vie aux préceptes du Verbe, mais sans se diriger d'après les principes surnaturels du Verbe, parce qu'ils n'avaient pas encore reçu la connaissance du Verbe.
  • Rabanus Maurus
    Mais aussitôt qu'ils apprirent la grande réputation de Jésus-Christ, ils cherchèrent à s'attacher à lui, et c'est alors qu'ils trouvèrent de nombreux contradicteurs; d'abord dans les Juifs, comme nous le lisons dans les Actes et puis dans les Gentils qui suscitèrent contre eux une persécution encore plus violente, sans que tous leurs efforts aient pu priver du salut ceux qui étaient prédestinés à la vie.
  • Saint Jean Chrysostome
    C'est donc les yeux du coeur que le Sauveur toucha en donnant aux Gentils, et aussitôt qu'ils furent éclairés ils ont marché à sa suite par la pratique des bonnes oeuvres.
  • Origène
    Et nous aussi, qui sommes assis le long du chemin des Écritures et qui comprenons sous quel rapport nous sommes aveugles, si nous prions par amour de la vérité, Jésus touchera les yeux de notre âme et les ténèbres de l'ignorance se retireront de no tre esprit pour nous laisser voir et suivre celui qui ne nous a rendus à la lumière que pour nous permettre de marcher à sa suite.

Ce site veut vous aider à mieux comprendre les Évangiles grâce aux précieux commentaires des Pères de l'Église. Ces commentaires proviennent d'aussi loin que le IIIe siècle, jusqu’à leur compilation par saint Thomas d’Aquin dans un ouvrage intitulé la Chaîne d’or (Catena aurea) au XIIIe siècle.

Les textes des Évangiles sont tirés de la Bible catholique Crampon
Les textes des commentaires sont une traduction par l’Abbé J-M Peronne, Louis Vivès éditeur, 9 rue Delambre, 1868

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