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Matthieu 20, 1 - 16

1Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. 2Etant convenu avec les ouvriers d'un denier par jour, il les envoya à sa vigne. 3Il sortit vers la troisième heure, en vit d'autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, 4et leur dit : " Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. " 5Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose. 6Etant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d'autres qui stationnaient, et il leur dit : " Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire? " 7Ils lui disent : " C'est que personne ne nous a embauchés. " Il leur dit : " Allez, vous aussi, à la vigne. " 8Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : " Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu'aux premiers. " 9Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. 10Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu'ils recevraient davantage; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. 11En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : 12" Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur. " 13Mais lui, s'adressant à l'un d'eux, répondit : " Ami, je ne te fais point d'injustice : n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier? 14Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. 15Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon? 16Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers. " 
  • Saint Rémi
    Notre-Seigneur venait de dire que plusieurs de ceux qui étaient les premiers seraient les derniers, et que plusieurs de ceux qui étaient les derniers deviendraient les premiers; pour confirmer cette vérité, il propose la parabole suivante: «Le royaume des cieux est sembla ble»,etc.
  • Saint Jean Chrysostome
    Le père de famille c'est Jésus-Christ, le ciel et la terre sont comme sa maison; sa famille, ce sont toutes les créatures qui habitent le ciel, la terre et les enfers; la vigne c'est la justice en général qui renferme toutes les différentes espèces de justices comme autant de plants de vigne, la douceur, la patience, et les autres vertus qui sont toutes comprises sous le nom général de justice. Les ouvriers de cette vigne sont les hommes. Le texte ajoute: «Il sortit le matin pour louer des ouvriers»,etc. Dieu a comme répandu la justice dans nos facultés, non pas pour lui, mais pour notre utilité. Nous sommes donc, ne l'oublions pas, des mercenaires qui avons été loués. Or, personne ne loue un mercenaire uniquement pour qu'il travaille à gagner sa nourriture; ainsi Jésus-Christ ne nous a pas appelés à son service pour nous occuper seulement de nos intérêts, mais encore pour travailler à la gloire de Dieu. Et de même que le mercenaire commence par remplir sa tâche avant de songer à la nourriture de chaque jour, ainsi nous devons d'abord nous appliquer à ce qui doit procurer la gloire de Dieu, avant de songer à nos propres intérêts. Le mercenaire, encore, consacre toute sa journée au service de son maître, et ne réserve qu'une heure seulement par jour pour pren dre sa nourriture; ainsi nous devons consacrer toute notre vie à la gloire de Dieu, et n'en don ner qu'une faible partie à nos besoins temporels. Enfin si le mercenaire passe un jour sans tra vailler, il n'ose paraître devant son maître pour demander son pain, et comment ne rougissez-vous pas d'entrer dans l'église de Dieu et de paraître en sa présence le jour où vous n'avez fait aucune bonne action sous ses yeux.
  • Saint Grégoire le Grand
    Dans un autre sens, le père de fa mille, c'est-à-dire notre Créateur, a une vigne, qui est l'Eglise universelle, et qui, depuis le juste Abel jusqu'à la fin du monde, a poussé autant de ceps qu'elle a produit de saints. Or, dans au cun temps, Dieu n'a cessé d'envoyer des ouvriers pour instruire son peuple comme pour culti ver sa vigne; car il l'a cultivée successivement, d'abord par les patriarches, puis par les doc teurs de la loi, ensuite par les prophètes, et enfin par les Apôtres comme par autant d'ouvriers. On peut dire, toutefois, que tout homme qui fait le bien avec une intention droite est en quel que ma nière et dans une certaine mesure un des ouvriers de cette vigne.
  • Origène
    Nous pouvons bien dire que toute cette vie n'est qu'un seul jour, jour d'une grande étendue par rapport à nous, mais d'une courte durée si on le compare à la vie de Dieu.
  • Saint Grégoire le Grand
    Le matin de ce jour du monde fut l'époque qui s'écoula depuis Adam jusqu'à Noé; c'est pour cela que Notre-Seigneur dit: «Il sortit de grand matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne», et il ajoute les conditions dont il est convenu avec eux: «Et étant convenu avec, eux d'un denier», etc.
  • Origène
    Je pense que le denier figure ici le salut éternel.
  • Saint Rémi
    Le denier était une pièce de monnaie qui valait dix as, et qui portait l'effigie du roi: le denier désigne donc parfaitement la récompense qui est accordée à l'observation du Décalogue. C'est aussi avec dessein qu'il est dit: «Etant convenu avec eux»,etc.; car dans le champ de la sainte Église, chacun travaille dans l'espoir de la ré compense future.
  • Saint Grégoire le Grand
    La troisième heure est le temps qui s'écoula de Noé à Abraham, et c'est de cette époque que le Sauveur veut parler; quand il dit: «Etant sorti vers la troi sième heure, il vit d'autres ouvriers qui se tenaient sans rien faire sur la place publique».
  • Origène
    La place publique, c'est tout ce qui est en dehors de la vigne, c'est-à-dire en dehors de l'Église de Jésus-Christ.
  • Saint Jean Chrysostome
    Dans ce monde, les hommes vivent d'un échange mutuel d'achats et de ventes, et pourvoient à leur subsistance par un commerce de fraudes réciproques.
  • Saint Grégoire le Grand
    C'est avec justice que l'on peut adresser le reproche d'oisiveté à celui qui ne vit que pour lui et se nourrit des plaisirs des sens, parce qu'il ne travaille pas à produire les fruits des oeuvres de Dieu.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ces ouvriers oisifs ne sont pas les pécheurs, qui sont bien plutôt morts, mais tous ceux qui n'accomplissent pas les oeuvres de Dieu. Voulez-vous donc ne pas rester oisif? Ne prenez pas le bien d'autrui, et donnez de vos propres biens; vous aurez travaillé dans la vigne du Seigneur, en cultivant le cep de la miséricorde. «Et il leur dit: Allez-vous en aussi dans ma vigne». Remarquez que ce n'est qu'avec les premiers qu'il s'engage de donner un denier; il loue les autres pour un prix indéterminé: «Je vous donnerai ce qui sera juste». Le Seigneur, qui prévoyait la prévarication d'Adam, et qu'après lui tous les hommes devaient périr dans les eaux du déluge, fit avec lui un traité bien précis, afin qu'il ne pût pré texter qu'il avait abandonné la voie de la justice, parce qu'il ignorait quelle en serait la récom pense; mais il ne s'est point engagé de cette manière avec les derniers, parce que son intention était de les récompenser bien au delà de ce que pouvaient espérer des mercenaires.
  • Origène
    Ou bien encore, comme il a loué les ouvriers de la troisième heure pour faire l'ouvrage tout entier, il se réserve d'apprécier leur travail avant de leur donner une juste récompense; car ils pouvaient travailler autant que ceux qui avaient commencé le matin en s'appliquant à leur tra vail dans un court espace de temps avec une laborieuse activité qui compenserait l'inaction du matin.
  • Saint Grégoire le Grand
    La sixième heure est celle qui s'étend d'Abraham à Moïse, et la neuvième, celle qui s'est écoulée de Moïse jusqu'à l'avènement du Seigneur. «Et il sortit de nouveau», etc.
  • Saint Jean Chrysostome
    Notre-Seigneur réunit ensemble la sixième et la neuvième heure, parce que c'est alors qu'eut lieu la vocation du peuple juif, et que Dieu renouvela fréquemment ses alliances avec les hommes, comme pour leur annoncer que le temps marqué pour le salut du genre hu main n'était pas éloigné.
  • Saint Grégoire le Grand
    La onzième heure c'est le temps qui s'écoulera depuis l'avènement du Seigneur jusqu'à la fin du monde. L'ouvrier du matin, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure, c'est donc cet ancien peuple hébreu qui, dans la personne de ses élus, n'a point cessé de travailler à la vigne du Seigneur depuis le commencement du monde, en s'efforçant d'adorer Dieu avec une foi droite et sincère. A la onzième heure, ce sont les Gentils qui sont appelés. «Vers la onzième heure, il sortit», etc. Ils avaient négligé, dans le cours de tant de siècles, de travailler à la culture de leur âme, et ils passaient ainsi tout le jour sans rien faire. Mais remarquez ce qu'ils répondent à la question qui leur est faite: «Personne, lui dirent-ils, ne nous a loués».Aucun patriarche, en effet, aucun prophète n'était venu vers eux, et que signifient ces paroles: «Personne ne nous a loués»,si ce n'est: «Personne ne nous a fait connaître le chemin de la vie».
  • Saint Jean Chrysostome
    Quelle est donc la nature de cette convention, et quelle ré compense y est promise? C'est la promesse de la vie éternelle; car les Gentils étaient les seuls qui ne connaissaient ni Dieu ni les promesses éternelles de Dieu.
  • Saint Hilaire
    Le Seigneur les envoie donc à sa vigne. «Et il leur dit: Allez, vous aussi, à ma vigne».
  • Rabanus Maurus
    Après avoir fait connaître les conditions du travail pour la journée, le Sauveur, continuant son récit, arrive à l'heure du salaire, et dit: «Le soir étant venu», etc., c'est-à-dire lorsque le jour, qui comprend toute la durée du monde, était sur son déclin, et approchait de la consom mation de toutes choses.
  • Saint Jean Chrysostome
    Remarquez que c'est le soir du même jour, et non le matin suivant, que le père de famille donne à chacun ce qui lui est dû. Ce sera donc pendant la durée du siècle présent qu'aura lieu le jugement après lequel chacun recevra sa récompense; et cela pour deux raisons: la première, c'est que la bienheureuse éternité doit être la récompense de la justice, et qu'il faut par conséquent que le jugement la précède; la seconde raison pour laquelle le jugement doit précéder le jour de l'éternité, c'est afin que les pécheurs ne soient pas témoins du bonheur de ce jour éternel.
  • Saint Jean Chrysostome
    «Et le maître dit à son intendant», c'est-à-dire le Fils à l'Esprit saint.
  • La Glose
    Ou bien, si vous aimez mieux, le Père dit au Fils, car le Père agit par le Fils, et le Fils par l'Esprit saint, sans qu'il y ait entre eux aucune différence de nature ou de dignité.
  • Origène
    Ou bien encore, le maître dit à son intendant, c'est-à-dire à l'ange chargé de la distribution des récompenses, ou à l'un de ces nombreux intendants dont l'Apôtre a dit: «L'héritier est sous la puissance des tuteurs et des curateurs pendant tout le temps de son enfance». ( Ga 4,1-2 ).
  • Saint Rémi
    Ou bien enfin, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui est à la fois le père de famille et l'intendant du maître de la vigne, comme il est lui-même la porte et le portier; car c'est lui qui doit venir juger les hommes, et rendre à chacun selon ses oeuvres. C'est donc au moment où les hommes seront réunis pour le jugement dernier, après lequel chacun recevra selon ses oeu vres, qu'il appellera les ouvriers pour leur donner une récompense.
  • Origène
    Or, les premiers ouvriers, que leur foi avait rendus recommandables, n'ont pas reçu l'effet des promesses, le père de famille ayant voulu, par une faveur particulière pour nous, qu'ils ne reçoivent qu'avec nous l'accomplissement de leur félicité. ( He 11,39-40 ). Et comme nous avons été l'objet d'une miséricorde toute spéciale, nous espérons recevoir les premiers la récompense, tandis que ceux qui ont travaillé avant nous ne la recevront qu'après nous: «Appelez les ouvriers, et payez-les en commençant par les derniers».
  • Saint Jean Chrysostome
    En effet, nous donnons toujours plus volontiers à ceux qui n'ont aucun droit à notre libéralité; car nous donnons alors en vue de l'honneur qui nous en revient. Dieu se montre donc juste en donnant aux saints la récompense qu'il leur a promise, et miséricordieux, en l'accordant aux Gentils selon ces paroles de saint Paul: «Or, les Gentils doivent glorifier Dieu de la miséricorde qu'il leur a faite»; voilà pourquoi le maître ajoute: «En commençant par les derniers jusqu'aux premiers». C'est aussi pour faire éclater son ineffable miséricorde que Dieu récompense ainsi les derniers et les moins dignes, avant de récompenser les premiers; car une miséricorde infinie n'examine pas l'ordre et le rang des personnes.
  • Saint Augustin
    Ou bien, les moins dignes ou les derniers se trouvent les premiers, parce qu'ils ont attendu moins longtemps leur récompense.
  • Saint Grégoire le Grand
    Les ouvriers qui n'avaient travaillé qu'à la onzième heure reçurent pour salaire, comme ceux qui avaient commencé à la première heure, le même denier qu'ils avaient ardemment désiré; parce que, en effet, ceux qui se sont convertis à Dieu à la fin du monde ont reçu la même ré compense, la même vie éternelle que ceux qui avaient été appelés dès le commencement du monde.
  • Saint Jean Chrysostome
    Or, il n'y a en cela aucune injustice, car que fait à celui qui a vécu dès les premiers jours du monde, et qui n'a pas dépassé le temps qui lui était marqué, que le monde ait continué à exister après lui? Et quant à ceux qui naissent à la fin des temps, ils vi vent nécessairement le nombre de jours qui leur a été assigné. En quoi donc leur travail serait-il allégé, si le monde venait à finir aussitôt, puisqu'ils doivent achever leur tâche avant la fin du monde? D'ailleurs, il ne dépend pas de l'homme, mais de la puissance divine, de naître plus tôt ou plus tard; celui qui est né en premier lieu ne doit pas revendiquer la première place ou l'honneur d'être te premier, et celui qui n'est venu qu'après ne doit pas être considéré comme étant d'un mérite inférieur. «Et en recevant ce denier, ils murmuraient contre le père de fa mille, et disaient», etc. Mais s'il est vrai, comme nous venons de le dire, que les premiers et les derniers aient vécu chacun leur temps, ni plus ni moins, et que la mort ait été pour les uns comme pour les autres la consommation de leur destinée, pourquoi donc les premiers disent-ils: «Nous avons porté le poids du jour et de la chaleur ?» C'est que nous avons besoin d'une plus grande force pour pratiquer la justice, nous qui savons que la fin du monde approche. Aussi est-ce pour nous armer d'un nouveau courage que le Christ disait: «Le royaume des cieux est proche».Au contraire, c'était pour ceux qui ont vécu les premiers une occasion de tiédeur, de savoir que le monde devait durer longtemps encore, et bien que leur vie n'ait pas égalé la durée du monde, ils paraissent cependant en avoir supporté toutes les incommodités. Ou bien, «le poids du jour», ce sont les commandements de la loi; «la chaleur», c'est la tentation brûlante de l'erreur qu'allumaient en eux les esprit de malice en les excitant à la jalou sie contre les Gentils. Les Gentils, au contraire, en embrassant la foi chrétienne, n'ont pas été soumis à ces difficultés, et ont été entièrement sauvés par la grâce qui résume tout dans son mystérieux travail.
  • Saint Grégoire le Grand
    Ou bien encore: «Porter le poids du jour et de la chaleur», c'est pendant toute la durée d'une longue vie, supporter les fatigues d'une lutte continuelle contre les ardeurs de la concupiscence. Mais comment donc expliquer les murmures dans ceux qui sont appelés à entrer dans le royaume des cieux? Car aucun murmurateur ne peut y entrer, comme aucun de ceux qui le reçoivent pour récompense, ne peut se laisser aller aux murmures.
  • Saint Jean Chrysostome
    On ne doit point chercher à concilier exactement tous les détails d'une parabole avec l'ensemble du récit, mais bien comprendre la fin que l'auteur s'y est proposée, et ne pas aller au delà. L'intention du Sauveur n'est donc pas ici de nous montrer ceux qui étaient les premiers atteints d'une violente jalousie, mais de nous faire voir les derniers en possession d'une gloire si grande qu'elle était capable d'inspirer aux autres de l'envie.
  • Saint Grégoire le Grand
    Ou bien encore, les anciens patriarches, quelle que fût d'ailleurs leur justice, n'ayant pu entrer dans le royaume des cieux avant l'avènement du Sauveur, se laissent en quelque sorte aller aux mur mures. Nous, au contraire, qui sommes venus à la onzième heure, nous ne murmurons pas après notre travail, parce qu'étant venus dans le monde après l'avènement du Médiateur, nous entrons dans le royaume des cieux aussitôt que nous sommes sortis de notre corps.
  • Saint Jérôme
    Ou bien tout homme qui n'est appelé qu'après les Gentils leur porte envie et se fait comme un supplice de la grâce de l'Évangile qu'ils ont reçue avant lui.
  • Saint Hilaire
    Ce murmure des ouvriers avait déjà éclaté sous Moise par la bouche insolente de ce peuple opiniâtre.
  • Saint Rémi
    Dans ce seul homme auquel il s'adresse, on peut voir tous ceux d'entre les Juifs qui ont cru en Jésus-Christ et à qui le Sauveur donne le nom d'amis à cause de la foi qu'ils ont embrassée.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ils se plaignaient non pas d'avoir, été frustrés du salaire qui leur était dû, mais de ce que les autres recevaient, à leur avis, plus qu'ils ne méritaient. C'est ainsi que les envieux s'attristent du bien que l'on fait à un autre, comme si l'on diminuait par là celui qu'ils possèdent, preuve évidente que l'envie vient de la vaine gloire; car on ne se plaint d'être le second que parce qu'on a désiré être le premier, et c'est ce mouvement d'envie que le Seigneur combat par ces paroles: «Est-ce que vous n'êtes pas convenu d'un denier avec moi ?»
  • Saint Jérôme
    Le denier porte l'effigie du roi; vous avez donc reçu le salaire que je vous avais promis, c'est-à-dire mon image et ma ressemblance. Que demandez-vous de plus? Ce que vous dési rez, ce n'est pas de recevoir davantage, c'est que l'autre ne reçoive rien du tout: «Prenez ce qui vous appartient, et vous en allez».
  • Saint Rémi
    C'est-à-dire, recevez votre récompense et entrez dans la gloire: «Je veux donner à ce dernier venu»,au peuple gentil, «autant qu'à vous»,comme il le mé rite.
  • Origène
    Peut-être est-ce au premier homme que s'adressent ces paroles: «Mon ami, je ne vous fais pas tort: est-ce que vous n'êtes pas convenu d'un denier avec moi ?» Prenez ce qui vous appartient, et allez-vous-en; le denier, c'est-à-dire le salut, vous est acquis. «Pour moi, je veux donner à ce dernier autant qu'à vous».On peut, avec assez de vraisemblance, voir dans cet ouvrier, venu le dernier, l'apôtre saint Paul, qui n'a travaillé qu'une heure, et qui cependant a travaillé peut-être plus que tous ceux qui ont vécu avant lui ( 1Co 15,9 ?).
  • Saint Augustin
    La vie éternelle sera également accordée à tous les saints, ainsi que le figure ce denier donné à tous comme la récompense commune de leur travail. Mais comme dans la vie éternelle les mérites des saints brilleront d'un éclat différent, il y a aussi plu sieurs demeures dans la maison du Père céleste. Si donc le denier, qui est le même pour tous, signifie que la vie éternelle sera égale en durée pour tous les saints dans le ciel, le grand nom bre de demeures différentes prouve que la gloire sera plus éclatante pour les uns que pour les autres.
  • Saint Grégoire le Grand
    Comme nous n'entrons dans le royaume des cieux que par un effet du bon vouloir de Dieu, le Sauveur ajoute avec raison: «Ne m'est-il donc pas permis de faire ce que je veux ?» C'est un acte de folie de la part de l'ho mme, de murmurer contre la volonté de Dieu. Il aurait lieu de se plaindre si Dieu ne donnait point ce qu'il doit; mais qui peut se plain dre de ce qu'il ne donne point ce qu'il ne doit pas? C'est ce que le Maître exprime en termes clairs: «Est-ce que votre oeil est mauvais parce que je suis bon ?»
  • Saint Rémi
    L'oeil signifie ici l'intention; les Juifs avaient un oeil mauvais, c'est-à-dire une intention vicieuse, parce qu'ils s'attristaient du salut des Gentils.
  • Saint Rémi
    Les paroles qui suivent: «Ainsi les premiers seront les derniers, et les derniers seront les pre miers», nous font connaître le but de cette parabole, qui est de nous apprendre que les Juifs ont passé de la tête, où ils étaient, à l'extrémité opposée, tandis que nous, placés à cette extré mité, nous sommes devenus la tête.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ou bien Notre-Seigneur dé clare que les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, non pour donner aux derniers la prééminence sur les premiers, mais pour nous apprendre que l'époque différente de leur vocation n'a établi entre eux aucune différence, et qu'ils sont, sous ce rapport, parfaite ment égaux. Quant aux paroles qui terminent: «Il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus», elles se rapportent, non pas aux saints dont il vient d'être question, mais aux Gentils, parmi lesquels, en effet, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.
  • Saint Grégoire le Grand
    Il en est beaucoup, en effet, qui embrassent la foi, mais il en est peu qui parviennent jusqu'au royaume des cieux, car la plupart font profession de suivre Dieu et s'éloignent de lui par leurs moeurs. Nous devons donc faire ici deux réflexions: la première, c'est que personne ne doit se laisser aller à la présomption, car bien qu'il soit appelé à la foi, il ne sait pas s'il sera du nombre des élus qui entreront en possession du royaume; la seconde, c'est qu'il ne faut jamais désespérer de son prochain quand on le voit croupir dans le vice, car nous ne connaissons pas les trésors de la miséricorde divine. - Et plus haut Ou bien, dans un autre sens, notre matin, c'est notre enfance; la troisième heure, c'est l'adolescence ou la chaleur de l'âge qui se développe et qui est comme le soleil qui s'élève dans les hauteurs des cieux. La sixième heure, c'est la jeunesse, alors que la plénitude de la force s'établit en l'homme, comme le soleil qui semble se fixer au milieu du firmament. La neuvième heure est comme la vieillesse dans laquelle l'âge descend tous les jours des hauteurs brûlantes de la jeunesse, comme le soleil qui descend des points élevés du ciel. La onzième heure, c'est l'âge de la caducité et de la décrépitude.
  • Saint Jean Chrysostome
    Le père de famille n'a pas loué tous ses ouvriers à la même heure, mais les uns le matin, les autres à la troisième heure et ainsi de tous ceux qui suivent; mais la cause en est dans les différentes dispositions de leur âme; car le Seigneur les appelle lorsqu'ils sont prêts à lui obéir; c'est ainsi qu'il appela le larron au moment où il prévoyait qu'il répondrait à sa vocation. Il est vrai que ces ouvriers disent: «Personne ne nous a loués»; mais, comme nous l'avons dit, il ne faut pas chercher la raison de toutes les circonstances des paraboles. D'ailleurs, ces paroles ne viennent pas du père de famille, mais des ouvriers; et quant à Dieu, au contraire, il appelle tous les hommes dès le premier âge de la vie, comme le prouvent ces paroles: «Il sortit de grand matin pour louer des ouvriers».
  • Saint Grégoire le Grand
    Ceux donc qui ont tardé jusqu'au dernier âge à vivre pour Dieu, sont ceux qui se tiennent dans l'oisiveté jusqu'à la onzième heure, et cependant le père de famille ne laisse pas de les appeler, et souvent il les récompense les premiers, parce qu'ils sortent de cette vie pour entrer dans l'éternité avant ceux qui ont été appelés dès leur première enfance.
  • Origène
    Or, ces paroles: «Pourquoi demeu rez-vous ainsi tout le jour sans travailler ?»ne s'adressent pas à ceux qui, après avoir com mencé par l'esprit, finissent par la chair ( Ga 3), s'ils veulent revenir plus tard à la vie de l'esprit. En parlant ainsi, notre intention n'est pas de détourner ces enfants voluptueux, qui ont dissipé toute la richesse de la doctrine évangélique en vivant dans la débauche, de revenir dans la maison paternelle; nous voulons simplement dire qu'on ne peut nullement les comparer à, ceux qui ont péché dans leur jeunesse avant d'avoir reçu les enseignements de la foi.
  • Saint Jean Chrysostome
    Jésus termine en disant: «Les derniers seront les premiers et les premiers les derniers», et il fait ici allusion indirecte tant à ceux qui, après avoir brillé d'abord d'un vif éclat, ont ensuite méprisé les leçons de la vertu, qu'aux autres, qui, ramenés des sentiers du vice, se sont élevés au-dessus d'un grand nombre par la sainteté de leur vie. Cette parabole a donc été composée pour exciter l'ardeur de ceux qui ne se sont convertis que dans leur extrême vieillesse, et les délivrer de la crainte de recevoir une récompense moins grande que les autres.

Ce site veut vous aider à mieux comprendre les Évangiles grâce aux précieux commentaires des Pères de l'Église. Ces commentaires proviennent d'aussi loin que le IIIe siècle, jusqu’à leur compilation par saint Thomas d’Aquin dans un ouvrage intitulé la Chaîne d’or (Catena aurea) au XIIIe siècle.

Les textes des Évangiles sont tirés de la Bible catholique Crampon
Les textes des commentaires sont une traduction par l’Abbé J-M Peronne, Louis Vivès éditeur, 9 rue Delambre, 1868

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