Évangile :
Chapitre :
Verset :

Matthieu 14, 1 - 5

1En ce temps-là, Hérode le tétrarque apprit ce qui se publiait de Jésus, 2et il dit à ses courtisans : " C'est Jean-Baptiste ! Il est ressuscité des morts : voilà pourquoi le pouvoir thaumaturgique agit en lui. " 3Hérode, en effet, ayant fait arrêter Jean, l'avait chargé de chaînes et jeté en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe, 4car Jean lui disait : " Il ne t'est pas permis de l'avoir (pour femme). " 5Volontiers il l'eût fait mourir, mais il craignait le peuple, qui le regardait comme un prophète. 
  • La Glose
    L'Évangéliste, après nous avoir raconté l'interprétation calomnieuse que les pharisiens donnaient des miracles de Jésus-Christ et comment ses concitoyens, tout en les admi rant, n'avaient cependant que du mépris pour lui, rapporte l'opinion qu'Hérode avait conçue du Christ au récit des prodiges qu'il opérait: « En ce temps-là, Hérode apprit », etc.
  • Saint Jean Chrysostome
    Ce n'est pas sans raison que l'Évangéliste désigne ici le temps d'une ma nière précise; il veut vous apprendre tout à la fois l'orgueil du tyran et son indifférence. En effet, ce n'est point tout d'abord et un des premiers, mais beaucoup plus tard, qu'il apprend les prodiges opérés par le Christ; c'est ainsi que la plupart des puissants du monde, séduits par le faste qui les environne, négligent de s'instruire des vérités du salut, parce qu'ils n'y attachent pas grande importance.
  • Saint Augustin
    Saint Matthieu dit: « En ce temps-là »,et non pas: «Dans ce jour-là», ou «A cette heure»; c'est qu'en effet saint Marc, qui raconte le même fait de la même manière (Mc 6), ne suit pas le même ordre. Il le place après que Notre-Seigneur a envoyé ses disciples prêcher l'Évangile et sans faire supposer qu'il y ait une liaison rigoureuses entre ces deux faits. Saint Luc ( Lc 9 ) suit le même ordre que saint Marc, mais sans nous forcer d'admettre que c'est l'ordre dans lequel les faits se sont passés.
  • Saint Jean Chrysostome
    Voyez quelle est la puissance de la vertu: Hérode redoute Jean-Baptiste, bien qu'il soit mort, et s'entretient de sa résurrection: « Et il dit à ses courtisans: C'est Jean-Baptiste ».
  • Rabanus Maurus
    Nous pouvons juger ici combien grande était la jalousie des Juifs. Hérode, qui n'est qu'un étranger, déclare que Jean-Baptiste est peut-être ressuscité d'entre les morts, et cela sans que personne le lui ait attesté, et les Juifs ont mieux aimé croire que le Christ, dont les prophètes avaient annoncé la résurrection, avait été enlevé frauduleusement de son tombeau, plu tôt que d'admettre sa résurrection, preuve que les Gentils étaient bien mieux disposés à em brasser la foi que les Juifs.
  • Saint Jérôme
    Un interprète ecclésiastique demande ici comment Hé rode a pu soupçonner que Jean était ressuscité d'entre les morts. Ce n'est point à nous de ren dre raison d'une erreur qui nous est étrangère, et l'hérésie de la métempsycose ne peut s'appuyer sur ce passage pour soutenir qu'après bien des années révolues les âmes viennent animer des corps différents, puisque Notre-Seigneur avait trente ans lorsque Jean fut décapité.
  • Rabanus Maurus
    Tous ceux qui croient à la résurrection des morts ont admis en même temps avec raison que les saints jouiront alors d'une puissance plus grande que celle qu'ils avaient lorsqu'ils étaient appesantis par l'infirmité de la chair. C'est pour cela qu'Hérode dit: « Et il se fait des miracles par lui ».
  • Saint Augustin
    Dans sai nt Luc, au contraire, nous lisons: « Et Hérode dit: J'ai fait mourir Jean; quel est donc celui-ci dont j'apprends de telles choses ? » Puisque saint Luc nous représente Hérode étant encore dans le doute, il faut admet tre que ce doute fit place à la conviction dans son esprit sur ce qu'on lui avait rapporté, lors qu'il dit à ses courtisans, d'après saint Matthieu: « Celui-ci est Jean-Baptiste »; ou bien il faut voir dans ces paroles l'expression d'un esprit qui doute encore, car elles sont susceptibles de ces deux sens et peuvent signifier ou bien qu'Hérode était convaincu par le rapport des autres, ou qu'il doutait encore, comme saint Luc paraît l'indiquer.
  • Saint Rémi
    Peut-être nous demande ra-t-on ici pourquoi saint Matthieu s'exprime de la sorte: « En ce temps-là Hérode apprit »,etc., tandis qu'il raconte bien auparavant que ce n'est qu'après la mort d'Hérode que le Sau veur revint d'Egypte, Cette difficulté n'existe plus dès qu'on admet qu'il y eut deux Hérodes. Le premier Hérode étant mort, eut pour successeur Archélaüs, son fils, qui dix ans après fut exilé à Vienne, dans les Gaules. César-Auguste divisa alors ce royaume en quatre principautés ou tétrarchies, et en donna trois parties aux enfants d'Hérode. Cet Hérode qui fit décapiter Jean-Baptiste est donc le fils du grand Hérode sous le règne duquel naquit Notre-Seigneur, et c'est pour bien marquer cette différence que l'Évangéliste lui donne le nom de tétrarque.
  • La Glose
    L'Évangéliste ayant rapporté ce que pensait Hérode de la résurrection de Jean, sans rien dire de sa mort, revient sur ses pas pour raconter la manière dont mourut le saint précurseur.
  • Saint Jean Chrysostome
    Il n'a point donné à ce récit une très grande importance, car tout son dessein était de nous transmettre ce qui avait rapport à Jésus-Christ et rien autre chose, si ce n'est ce qui pouvait concourir au même but. Il le commence donc en ces termes: « Hérode ayant fait arrêter Jean, l'avait fait charger de chaînes ».
  • Saint Augustin
    Saint Luc ne rapporte pas ce fait dans le même ordre, mais il le joint au récit qu'il fait du baptême de Notre-Seigneur. C'est donc la narration anticipée d'un événement qui n'arriva que longtemps après, puisqu'il le place immédiatement après les paroles de Jean-Baptiste qui nous montrent le Seigneur le van à la main. Or, d'après l'Évangéliste saint Jean, cet événement n'arriva pas aussitôt le baptême de Jésus, puisqu'il nous raconte qu'aussitôt son baptême, Jésus alla dans la Galilée, puis revint dans la Judée, y baptisa sur les bords du Jour dain, et tout cela avant que Jean fût mis en prison. Ni saint Matthieu, ni saint Marc n'ont ra conté dans cet ordre la captivité de Jean-Baptiste, comme le prouvent leurs écrits, car ils rap portent que lorsque le saint précurseur fut arrêté, le S eigneur se trouvait dans la Galilée, et après avoir raconté les nombreux miracles qu'il y opéra, à l'occasion de la renommée du Christ qui parvint jusqu'aux oreilles d'Hérode, ils racontent tout ce qui a rapport à la prison et à la mort de Jean-Baptiste: Quant à la cause pour laquelle il fut jeté en prison, saint Matthieu nous la fait connaître, par ce qu'il ajoute: « A cause d'Hérodiade, épouse de son frère; car Jean lui disait: Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme ».
  • Saint Jérôme
    Une ancienne histoire nous apprend que Philippe, fils du premier Hérode, et frère de celui-ci, épousa Hérodiade, fille d'Aretas, roi d'Arabie. Plus tard son beau-père, par suite de certains débats qu'il eut avec son gendre, reprit sa fille, et pour punir son premier mari la don na pour femme à Hérode, ennemi de Philippe. Or, Jean-Baptiste qui était venu dans l'esprit et la vertu d'Elie, reprit Hérode et Hérodiade de cette union criminelle avec la même autorité dont Elie avait fait preuve à l'égard d'Achab et de Jézabel ( 1R 21,14-16 1R 21,19 ). Il lui déclara que du vivant de son frère, il ne pouvait épouser sa femme; et il aima mieux encourir la haine implacable du roi que de sacrifier par une basse flatterie les commandements de Dieu.
  • Saint Jean Chrysostome
    Cependant ce n'est pas à cette femme qu'il s'adresse, mais à celui qui l'a épousée, parce qu'il était le chef et le maître; d'ailleurs il professait probablement la loi judaï que, et c'est au nom de cette loi que Jean lui défend l'adultère. « Et il voulait le faire mourir, mais il craignait le peuple ».
  • Saint Jérôme
    Il craignait que la réputation de Jean qui avait baptisé un grand nombre de juifs n'excitât une sédition populaire; mais il était esclave de sa passion pour cette femme, et cette passion lui faisait perdre de vue les préceptes de la loi divine.
  • La Glose
    La crainte de Dieu réforme la volonté coupable; la crainte des hommes l'arrête pour un instant, mais ne la change pas; elle rend plus ardents pour le crime ceux dont elle a enchaîné quelque temps les violents désirs.

Ce site veut vous aider à mieux comprendre les Évangiles grâce aux précieux commentaires des Pères de l'Église. Ces commentaires proviennent d'aussi loin que le IIIe siècle, jusqu’à leur compilation par saint Thomas d’Aquin dans un ouvrage intitulé la Chaîne d’or (Catena aurea) au XIIIe siècle.

Les textes des Évangiles sont tirés de la Bible catholique Crampon
Les textes des commentaires sont une traduction par l’Abbé J-M Peronne, Louis Vivès éditeur, 9 rue Delambre, 1868

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